Introduction
Le régime de l’auto‑entrepreneur, devenu micro‑entrepreneur, séduit par sa simplicité. Création en quelques clics, obligations comptables allégées, régime fiscal clair : il est idéal pour tester une activité ou démarrer seul avec peu de moyens. Mais il atteint vite ses limites.
La question se pose alors : à quel moment faut‑il envisager de transformer son activité en société ? Autrement dit, quand franchir le cap de la SASU, de l’EURL ou d’une structure pluripersonnelle comme la SARL ou la SAS ? La réponse dépend à la fois de critères chiffrés (plafonds de chiffre d’affaires, charges sociales, fiscalité) et de considérations stratégiques (développement, image, protection du patrimoine).
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Les seuils du régime micro‑entrepreneur
Le premier critère est légal : le régime micro est réservé aux activités qui ne dépassent pas certains plafonds de chiffre d’affaires. Depuis 2023, ces seuils sont fixés à 188 700 € pour les activités de vente de marchandises et 77 700 € pour les prestations de services.
Le dépassement de ces plafonds, sur deux années consécutives, entraîne automatiquement la sortie du régime micro. Dans ce cas, l’entrepreneur reste en entreprise individuelle, mais il bascule vers le régime réel d’imposition, avec une comptabilité plus lourde et une fiscalité différente.
Beaucoup choisissent alors de créer une société pour bénéficier d’une structure plus claire et plus adaptée à leur croissance. L’approche proactive est souvent préférable : anticiper le passage en société avant le franchissement des seuils évite une transition subie et permet d’optimiser la fiscalité.
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Les limites fiscales et sociales du statut
Au‑delà des plafonds, le régime micro présente des inconvénients lorsqu’on dépasse un certain niveau d’activité.
Sur le plan fiscal, l’imposition repose sur un abattement forfaitaire (71 % pour la vente, 50 % pour les prestations, 34 % pour les professions libérales). Lorsque les charges réelles sont plus importantes que cet abattement, l’auto‑entrepreneur est désavantagé. En créant une société, il peut déduire l’ensemble de ses frais professionnels et amortir ses investissements.
Sur le plan social, les cotisations des micro‑entrepreneurs sont calculées sur le chiffre d’affaires encaissé, même si la rentabilité est faible. Cette mécanique, simple au départ, peut devenir pénalisante lorsque le CA augmente. Une société, soumise à l’impôt sur les sociétés, offre la possibilité de moduler la rémunération du dirigeant et d’optimiser les dividendes.
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La question de la protection du patrimoine
L’entreprise individuelle, y compris sous régime micro, engage la responsabilité de l’entrepreneur, même si la réforme entrée en vigueur en 2022 a instauré une séparation de principe entre patrimoine personnel et professionnel (art. L. 526‑22 du Code de commerce).
Toutefois, la création d’une société permet de renforcer cette protection en cloisonnant les risques. Dans une SASU ou une EURL, la responsabilité est limitée au montant des apports, sauf faute de gestion. Pour un entrepreneur qui commence à signer des contrats importants ou à embaucher, ce cadre plus protecteur devient rapidement indispensable.
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L’image et la crédibilité auprès des partenaires
Le passage en société ne répond pas seulement à des impératifs fiscaux ou juridiques. Il s’agit aussi d’une question d’image.
Un client, une banque ou un investisseur perçoit différemment une société dotée de statuts et d’un capital social, même modeste. La société incarne un projet structuré et durable. Elle facilite l’ouverture d’un compte bancaire professionnel, la signature de baux commerciaux et l’accès au financement.
En pratique, de nombreux auto‑entrepreneurs décident de franchir le pas lorsqu’ils commencent à travailler avec des clients institutionnels ou des partenaires qui exigent une structure sociétaire.
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Les formes sociales adaptées à la transition
Lorsqu’il s’agit de quitter le régime micro, plusieurs options s’offrent à l’entrepreneur. L’EURL (entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée) et la SASU (société par actions simplifiée unipersonnelle) sont les deux plus courantes.
L’EURL, régie par les articles L. 223‑1 et suivants du Code de commerce, est une SARL à associé unique. Elle offre un cadre protecteur et rassurant, particulièrement adapté aux projets individuels. Son gérant associé unique est travailleur non salarié, avec des cotisations sociales plus faibles mais une protection réduite.
La SASU, régie par l’article L. 227‑1, offre davantage de souplesse. Son président est assimilé salarié, donc mieux couvert socialement, mais avec des cotisations plus élevées. La SASU séduit particulièrement ceux qui envisagent une croissance rapide, des recrutements ou une future ouverture du capital à des investisseurs.
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Quand franchir le pas ?
La réponse dépend de la situation propre à chaque entrepreneur. On peut retenir plusieurs indicateurs.
Le premier est évidemment le dépassement des seuils de chiffre d’affaires : si l’activité dépasse régulièrement 60 000 à 70 000 € pour une prestation de services, le régime micro perd son intérêt et la société devient une solution logique.
Le second est le niveau de charges réelles : lorsque l’abattement forfaitaire ne couvre plus les frais (achats, déplacements, salaires), le passage en société permet de déduire l’ensemble des dépenses et d’optimiser la fiscalité.
Le troisième est la volonté de développement : embaucher, rechercher un financement ou accueillir un associé sont des étapes qui nécessitent une structure sociétaire.
Enfin, la protection du patrimoine est un élément déterminant : plus les engagements contractuels augmentent, plus la responsabilité limitée offerte par une société devient une sécurité indispensable.
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Conclusion
Le régime de l’auto‑entrepreneur reste une excellente porte d’entrée dans la vie entrepreneuriale. Mais ses limites apparaissent rapidement dès que l’activité se développe. Dépasser les seuils, subir une fiscalité moins favorable, exposer son patrimoine ou manquer de crédibilité vis‑à‑vis des partenaires sont autant de signaux qu’il est temps de franchir le pas.
Le choix entre rester en entreprise individuelle au réel, créer une EURL ou une SASU dépend des objectifs personnels, du niveau de charges et de la stratégie de croissance.
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FAQ – Questions fréquentes
Peut‑on transformer directement une micro‑entreprise en société ?
Non. Juridiquement, on crée une société (SASU/EURL) puis on radie la micro‑entreprise.
Dois‑je obligatoirement passer en société si je dépasse les seuils ?
Pas forcément : vous passez d’abord en entreprise individuelle au réel. Mais la société est souvent plus pertinente selon vos charges et projets.
Quelle forme choisir quand on est seul ?
Le plus courant : SASU ou EURL. Le bon choix dépend de votre profil social et fiscal (protection vs coût de cotisations).
Vais‑je garder mon numéro SIRET ?
Non. La société obtient un nouveau SIRET ; vos documents doivent être mis à jour.
Quels sont les délais habituels ?
Comptez 3 à 4 semaines : statuts (quelques jours), formalités et Kbis en 1 à 2 semaines selon le greffe.
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Clause de prudence
Cet article propose des informations générales à caractère documentaire. Il ne remplace pas l'avis d'un avocat sur votre situation.



